Mini-enquête nutritionnelle à Ouara et Biltine

Les régions de Wadi Fira, Ouaddaï et Guéra font partie des régions les plus touchées par l’insécurité alimentaire et la malnutrition globale dans la bande sahélienne du Tchad.

Financé par l’Union Européenne, l’initiative REVANCHE ou « Résilience et adaptation aux variabilités climatiques pour une sécurité alimentaire et nutritionnelle au Tchad dans les régions du Guéra, Ouaddaï et Wadi Fira » est mise en oeuvre en consortium par CARE international, OXFAM, BASE, PDR-WF, APRODIF et ASRAAD. De façon spécifique, le projet vise à soutenir les ménages agropasteurs et pasteurs qui souffrent d’insécurité alimentaire et de malnutrition aiguë et chronique, pour augmenter leur résilience face aux chocs de court et moyen termes et pour améliorer durablement leur sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Les actions de BASE sont orientées vers l’atteinte du résultat 3 : Hommes et femmes des ménages agropastoraux et pastoraux des zones rurales ont amélioré leurs pratiques d’hygiène, d’utilisation d’eau et de nourriture. BASE va donc travailler à réduire le taux de malnutrition par la prise en charge communautaire de la malnutrition aiguë en instaurant l’approche FARN (foyer d’apprentissage et de réhabilitation nutritionnelle). Cette approche consiste à prévenir la malnutrition chez l’enfant au sein de la communauté, promouvoir les bonnes pratiques, hygiène, eau et assainissement, éducation à la santé, dépistage et référencement précoce des enfants vers les structures de prise en charge de la malnutrition. Elle vise aussi la valorisation des produits locaux en les transformant en farine et bouille enrichie pour la prévention de la malnutrition et le rattrapage de croissance chez les enfants de 6 à 59 mois.

Dans le cadre de la mise en œuvre de cette activité, une mini-enquête nutritionnelle a été organisée en septembre et octobre pour diagnostiquer la prévalence de la malnutrition dans la zone d’intervention afin de permettre l’implantation des sites des FARN dans les villages les plus touchés par la malnutrition.

La méthodologie utilisée pour cette enquête est simple et rapide et basée sur les outils standards de a méthode SMART. Elle consiste à prendre les mesures anthropométriques (poids, taille, périmètre brachial et vérification des œdèmes bilatéraux) avec la saisie quotidienne des données qui sont analysées dans le logiciel ENA. 14 enquêteurs ont été recrutés et formés à Biltine et Abéché.

109 villages ont été enquêtés, et dans chaque village, 20 ménages ont été échantillonnés. Au total 2491 enfants sur les 4960 ont été dépistés en raison des travaux champêtres ou de l’accès difficile.

L’analyse des résultats montre des taux de prévalence de la malnutrition supérieurs aux seuils critiques fixés par l’OMS. En effet, le taux de la malnutrition aiguë globale (MAG) est de 30% dans le département de Biltine, dont 17,1 de malnutrition aiguë modérée (MAM) et 12,9% de malnutrition aiguë sévère (MAS). Dans le département de Ouara, le taux de la MAG s’élève à 20,6%, avec 13,7% de MAM et 6,9% de MAS. Les seuils critiques de l’OMS sont à 15% pour la MAG et 2% pour la MAS.

Ces résultats ne traduisent qu’une situtation moyenne dans la zone et masque les énormes diparités entre les village puisque le taux de MAG part d’un niveau plancher de 0% dans le village de Kochofo dans le canton d’Aboucharib 1 jusqu’à un niveau maximal de 65% dans le village Kourba à Kodeil. Par ailleurs, on note que les taux de malnutrition aiguë globale par canton varient très légèrement autour de 30 à 35% ce qui signifie qu’a priori chaque canton est constitué de villages à fort et faible prévalences.

Après l’analyse des données des différents villages, 90 villages ont été retenus pour l’implantation des sites de FARN dont 50 dans le département de Biltine et 40 dans celui de Ouara.

La caravane ophtalmologique à Amzoer : 939 patients consultés !

Pour la troisième édition de l’année 2017, la caravane ophtalmologique organisée par BASE s’est rendue à Amzoer durant 3 jours. Du 14 au 16 décembre, deux ophtalmologues ont consulté plus de 900 patients qui ont pu repartir avec des médicaments ou des verres correcteurs.

Un lancement sous les meilleurs auspices

Dès le matin du 14 décembre, l’hôpital d’Amzoer, dans la région du Wadi Fira, était assailli d’habitants venus accueillir les autorités, le personnel de santé et l’équipe du BASE pour le lancement officiel de la caravane ophtalmologique. Depuis plusieurs jours, les chefs traditionnels, religieux et les autorités administratives et sanitaires diffusaient l’information de la venue de la caravane et incitaient les communautés à aller se faire consulter. En plus de ce bouche à oreille qui a fait circuler la nouvelle jusque dans les villages alentours, notre partenaire Tigo Tchad a envoyé des SMS d’information aux habitants de la zone. La présence massive des habitants, dont des lycéens qui avaient quitté l’école pour l’occasion, s’explique par le faible accès à des services de santé de proximité de qualité. En effet, le Wadi Fira, situé à l’Est du Tchad, est une région très enclavée. Les structures sanitaires sont peu nombreuses et manquent de personnel qualifié et de plateau technique, en particulier pour des spécialités comme l’ophtalmologie. La ville d’Amzoer, bien qu’important carrefour commercial de la région, ne fait pas exception. Les occasions comme cette caravane ophtalmologique sont donc rares et importantes à saisir pour des communautés ayant souvent de faibles revenus. Le préfet de Biltine et le délégué sanitaire du Wadi Fira, qui se sont réjouis de la venue d’une caravane ophtalmologique, ont tenu à assister à la cérémonie de lancement et à inaugurer officiellement cette caravane ophtalmologique, sous la caméra de TV Tchad.

M. le Préfet de Biltine ouvre la caravane ophtalmologique à Amzoer

Affluence record

Les consultations ont été assurées par deux ophtalmologues, venus de Biltine et Abéché, et mis à disposition par la Direction de leur hôpital. Ils sont venus avec du matériel permettant de diagnostiquer les affections oculaires et de tester la vision. Et pendant trois jours, les deux médecins ont enchainé les consultations, assistés d’aides-soignants du BASE et du centre de santé d’Amzoer. D’autres aides-soignants assuraient le triage et orientaient les patients pendant que les derniers distribuaient médicaments et verres correcteurs selon les prescriptions des médecins.

L’affluence ne faiblissait pas et la cour de l’hôpital restait pleine jusqu’à la tombée de la nuit. Et pour cause, en trois jours, ce sont 939 personnes qui ont été consultées et qui ont pu bénéficier de médicaments ou verres correcteurs. Certains patients souffraient depuis plusieurs années de problèmes ophtalmologiques et ont du attendre que la caravane vienne jusqu’à eux. Nomadjel est venue du sud du Tchad pour être enseignante au lycée d’Amzoer. Agée de 44 ans, elle reconnait avoir des problèmes aux yeux depuis plus de deux ans mais n’a jamais pu se faire consulter. Ici, elle a pu bénéficier d’une consultation gratuite et recevoir des médicaments ainsi que des verres correcteurs qui lui permettent d’améliorer sa vision de près. Elle estime qu’en tant qu’enseignante, c’était important d’améliorer sa santé et de pouvoir mieux voir et lire.

Pour consulter toutes les personnes qui comme Nomadjel ont attendu plusieurs années avant de pouvoir se faire consulter, les ophtalmologues ont travaillé sans relâche, consultant même les derniers patients à la tombée de la nuit à l’aide d’une lampe torche.

Habiba et Rahima sont mères et filles, elles font partie des dernière patientes de la caravane ophtalmologique. Rahima, âgée de 10 ans a eu de gros problèmes ophtalmologiques il y a quelques années, perdant quasiment la vue. Elle a reçu des soins il y a deux ans à Guereda, mais depuis, aucun suivi n’a été fait et elle n’avait pas pu consulter de nouveau un ophtalmologue jusqu’à ce jour. Elles ont toutes deux pu avoir des médicaments gratuitement, et grâce au diagnostic et à la prescription, elles pourront rechercher les médicaments lorsque ceux-là termineront.

Rahima se fait consulter par l’ophtalmologue

Les consultations se sont poursuivies jusqu’à l’épuisement total du stock de médicaments.

De nombreux partenaires engagés

A voir l’affluence pendant les trois jours, il n’est pas difficile d’affirmer que cette caravane répondait à un véritable besoin dans cette région isolée et reculée du Tchad. Mais la caravane ophtalmologique n’aurait pas pu se faire sans le concours de nombreux partenaires et personnes impliquées.

Pendant plusieurs mois, BASE a pu compter sur le soutien de l’association française France Volontaires, qui a lancé une collecte de fonds sur le site de financements participatifs Wee Jack. Peu courante au Tchad, cette pratique se répand en France pour financer des projets de solidarité. Ainsi, plusieurs dizaines de particuliers se sont mobilisés anonymement et ont permis de collecter plus de 2 000€ (plus de 1 300 000 FCFA) ! En parallèle, une collecte de lunettes a été organisée au Tchad et en France. Là encore, des dizaines de personnes ont donné leurs anciennes paires qui ont été acheminées jusqu’à Amzoer.

L’opticien N’Djamenois Crystal Optical a participé en testant et étiquetant gratuitement les 150 paires de lunettes collectées. Il s’est également engagé à faire sur mesure des paires pour les personnes qui ne trouveraient pas les verres correcteurs adaptés lors de la caravane. Et se sont près de 70 personnes qui, grâce au travail de Crystal Optical, vont pouvoir bénéficier de lunettes neuves, sur mesure, et adaptées à leur correction, en plus des 70 autres patients qui ont déjà reçu des paires de lunettes. Mathilde, l’assistante programme du BASE, a un grand sourire lorsqu’elle évoque le regard qui s’illuminait des personnes qui mettaient des lunettes pour la première fois et retrouvaient une vision nette !

L’entreprise de prestation de service Global Box Services a également soutenu la caravane en offrant des supports de communication et sensibilisation. Pour finir, Tigo Tchad a participé à la campagne d’information en envoyant gracieusement des SMS à tous les habitants de la zone d’Amzoer.

La banderole de la caravane avec tous les partenaires

Mais ce qui a permis le succès de cette caravane, c’est avant tout le travail acharné des ophtalmologues venus d’Abéché et Biltine, et des aides-soignants. Chacun refusait de quitter son poste tant que les patients de la journée n’étaient pas tous passés, quitte à consulter à l’aide d’une lampe torche ! Le Docteur Younous, venu de Biltine avec sa lampe à fente, a répondu présent avec enthousiasme dès la première sollicitation de BASE. Il reconnait que la situation n’est pas facile dans le Wadi Fira et se fait un plaisir de rendre service s’il peut aider les communautés tchadiennes. Il est prêt à s’engager de nouveau au côté du BASE si une telle opération se répétait.

Un nombre important de cas de cataracte

Et l’opération a bel et bien vocation à se répéter. C’est la troisième caravane ophtalmologique organisée par BASE en 2017, et l’affluence n’a jamais été aussi forte. Plusieurs dizaines de personnes n’ont pas pu être consultées faute de médicaments disponibles. Cela témoigne de l’impérieuse nécessité d’organiser ce genre d’opération dans des zones enclavées comme le Wadi Fira. Au total, 142 personnes ont pu bénéficier des verres correcteurs et 797 personnes ont reçu des médicaments. Parmi tous les patients, 53% étaient des femmes.

Une jeune fille teste sa vision de près

Mais comme le Docteur Younous l’a constaté pendant les centaines de consultations qu’il a menées, les cas nécessitant une opération chirurgicale sont légions : 175 cas de cataracte ont été diagnostiqués, soit 18,6% du total des patients consultés. Cette pathologie était déjà en tête des diagnostics lors des précédentes caravanes.

Après le succès des trois premières éditions de la caravane ophtalmologique, BASE se pose maintenant la question de l’assistance à ces personnes nécessitant une opération de la cataracte. Le travail de BASE pour soulager les populations vulnérables, notamment en matière de soins ophtalmologiques, n’est donc pas près de s’arrêter.

Formation des chauffeurs ambulanciers à Moundou

Le BASE a organisé en collaboration avec la Croix-Rouge du Tchad (CRT) une formation à l’intention des chauffeurs ambulanciers du 27 au 29 Octobre 2017 à Moundou. Cette formation a regroupé 10 participants venus des hôpitaux de districts, des centres de santé, du centre Hospitalier de Bebalem, du Centre Djenadoum Nasson et du BASE.
Elle a permis aux chauffeurs d’une part d’apprendre des gestes simples à travers des mises en situation de la P.A.S.E (Protéger, Alerter, Secourir et Évacuer) et d’autre part de renouveler leurs connaissances en matière de sécurité routière. Chaque explication théorique s’est accompagnée de démonstrations où chacun a pu mettre en pratique ce qu’il a appris.