La caravane ophtalmologique à Amzoer : 939 patients consultés !

Pour la troisième édition de l’année 2017, la caravane ophtalmologique organisée par BASE s’est rendue à Amzoer durant 3 jours. Du 14 au 16 décembre, deux ophtalmologues ont consulté plus de 900 patients qui ont pu repartir avec des médicaments ou des verres correcteurs.

Un lancement sous les meilleurs auspices

Dès le matin du 14 décembre, l’hôpital d’Amzoer, dans la région du Wadi Fira, était assailli d’habitants venus accueillir les autorités, le personnel de santé et l’équipe du BASE pour le lancement officiel de la caravane ophtalmologique. Depuis plusieurs jours, les chefs traditionnels, religieux et les autorités administratives et sanitaires diffusaient l’information de la venue de la caravane et incitaient les communautés à aller se faire consulter. En plus de ce bouche à oreille qui a fait circuler la nouvelle jusque dans les villages alentours, notre partenaire Tigo Tchad a envoyé des SMS d’information aux habitants de la zone. La présence massive des habitants, dont des lycéens qui avaient quitté l’école pour l’occasion, s’explique par le faible accès à des services de santé de proximité de qualité. En effet, le Wadi Fira, situé à l’Est du Tchad, est une région très enclavée. Les structures sanitaires sont peu nombreuses et manquent de personnel qualifié et de plateau technique, en particulier pour des spécialités comme l’ophtalmologie. La ville d’Amzoer, bien qu’important carrefour commercial de la région, ne fait pas exception. Les occasions comme cette caravane ophtalmologique sont donc rares et importantes à saisir pour des communautés ayant souvent de faibles revenus. Le préfet de Biltine et le délégué sanitaire du Wadi Fira, qui se sont réjouis de la venue d’une caravane ophtalmologique, ont tenu à assister à la cérémonie de lancement et à inaugurer officiellement cette caravane ophtalmologique, sous la caméra de TV Tchad.

M. le Préfet de Biltine ouvre la caravane ophtalmologique à Amzoer

Affluence record

Les consultations ont été assurées par deux ophtalmologues, venus de Biltine et Abéché, et mis à disposition par la Direction de leur hôpital. Ils sont venus avec du matériel permettant de diagnostiquer les affections oculaires et de tester la vision. Et pendant trois jours, les deux médecins ont enchainé les consultations, assistés d’aides-soignants du BASE et du centre de santé d’Amzoer. D’autres aides-soignants assuraient le triage et orientaient les patients pendant que les derniers distribuaient médicaments et verres correcteurs selon les prescriptions des médecins.

L’affluence ne faiblissait pas et la cour de l’hôpital restait pleine jusqu’à la tombée de la nuit. Et pour cause, en trois jours, ce sont 939 personnes qui ont été consultées et qui ont pu bénéficier de médicaments ou verres correcteurs. Certains patients souffraient depuis plusieurs années de problèmes ophtalmologiques et ont du attendre que la caravane vienne jusqu’à eux. Nomadjel est venue du sud du Tchad pour être enseignante au lycée d’Amzoer. Agée de 44 ans, elle reconnait avoir des problèmes aux yeux depuis plus de deux ans mais n’a jamais pu se faire consulter. Ici, elle a pu bénéficier d’une consultation gratuite et recevoir des médicaments ainsi que des verres correcteurs qui lui permettent d’améliorer sa vision de près. Elle estime qu’en tant qu’enseignante, c’était important d’améliorer sa santé et de pouvoir mieux voir et lire.

Pour consulter toutes les personnes qui comme Nomadjel ont attendu plusieurs années avant de pouvoir se faire consulter, les ophtalmologues ont travaillé sans relâche, consultant même les derniers patients à la tombée de la nuit à l’aide d’une lampe torche.

Habiba et Rahima sont mères et filles, elles font partie des dernière patientes de la caravane ophtalmologique. Rahima, âgée de 10 ans a eu de gros problèmes ophtalmologiques il y a quelques années, perdant quasiment la vue. Elle a reçu des soins il y a deux ans à Guereda, mais depuis, aucun suivi n’a été fait et elle n’avait pas pu consulter de nouveau un ophtalmologue jusqu’à ce jour. Elles ont toutes deux pu avoir des médicaments gratuitement, et grâce au diagnostic et à la prescription, elles pourront rechercher les médicaments lorsque ceux-là termineront.

Rahima se fait consulter par l’ophtalmologue

Les consultations se sont poursuivies jusqu’à l’épuisement total du stock de médicaments.

De nombreux partenaires engagés

A voir l’affluence pendant les trois jours, il n’est pas difficile d’affirmer que cette caravane répondait à un véritable besoin dans cette région isolée et reculée du Tchad. Mais la caravane ophtalmologique n’aurait pas pu se faire sans le concours de nombreux partenaires et personnes impliquées.

Pendant plusieurs mois, BASE a pu compter sur le soutien de l’association française France Volontaires, qui a lancé une collecte de fonds sur le site de financements participatifs Wee Jack. Peu courante au Tchad, cette pratique se répand en France pour financer des projets de solidarité. Ainsi, plusieurs dizaines de particuliers se sont mobilisés anonymement et ont permis de collecter plus de 2 000€ (plus de 1 300 000 FCFA) ! En parallèle, une collecte de lunettes a été organisée au Tchad et en France. Là encore, des dizaines de personnes ont donné leurs anciennes paires qui ont été acheminées jusqu’à Amzoer.

L’opticien N’Djamenois Crystal Optical a participé en testant et étiquetant gratuitement les 150 paires de lunettes collectées. Il s’est également engagé à faire sur mesure des paires pour les personnes qui ne trouveraient pas les verres correcteurs adaptés lors de la caravane. Et se sont près de 70 personnes qui, grâce au travail de Crystal Optical, vont pouvoir bénéficier de lunettes neuves, sur mesure, et adaptées à leur correction, en plus des 70 autres patients qui ont déjà reçu des paires de lunettes. Mathilde, l’assistante programme du BASE, a un grand sourire lorsqu’elle évoque le regard qui s’illuminait des personnes qui mettaient des lunettes pour la première fois et retrouvaient une vision nette !

L’entreprise de prestation de service Global Box Services a également soutenu la caravane en offrant des supports de communication et sensibilisation. Pour finir, Tigo Tchad a participé à la campagne d’information en envoyant gracieusement des SMS à tous les habitants de la zone d’Amzoer.

La banderole de la caravane avec tous les partenaires

Mais ce qui a permis le succès de cette caravane, c’est avant tout le travail acharné des ophtalmologues venus d’Abéché et Biltine, et des aides-soignants. Chacun refusait de quitter son poste tant que les patients de la journée n’étaient pas tous passés, quitte à consulter à l’aide d’une lampe torche ! Le Docteur Younous, venu de Biltine avec sa lampe à fente, a répondu présent avec enthousiasme dès la première sollicitation de BASE. Il reconnait que la situation n’est pas facile dans le Wadi Fira et se fait un plaisir de rendre service s’il peut aider les communautés tchadiennes. Il est prêt à s’engager de nouveau au côté du BASE si une telle opération se répétait.

Un nombre important de cas de cataracte

Et l’opération a bel et bien vocation à se répéter. C’est la troisième caravane ophtalmologique organisée par BASE en 2017, et l’affluence n’a jamais été aussi forte. Plusieurs dizaines de personnes n’ont pas pu être consultées faute de médicaments disponibles. Cela témoigne de l’impérieuse nécessité d’organiser ce genre d’opération dans des zones enclavées comme le Wadi Fira. Au total, 142 personnes ont pu bénéficier des verres correcteurs et 797 personnes ont reçu des médicaments. Parmi tous les patients, 53% étaient des femmes.

Une jeune fille teste sa vision de près

Mais comme le Docteur Younous l’a constaté pendant les centaines de consultations qu’il a menées, les cas nécessitant une opération chirurgicale sont légions : 175 cas de cataracte ont été diagnostiqués, soit 18,6% du total des patients consultés. Cette pathologie était déjà en tête des diagnostics lors des précédentes caravanes.

Après le succès des trois premières éditions de la caravane ophtalmologique, BASE se pose maintenant la question de l’assistance à ces personnes nécessitant une opération de la cataracte. Le travail de BASE pour soulager les populations vulnérables, notamment en matière de soins ophtalmologiques, n’est donc pas près de s’arrêter.

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